Paragone, une nouvelle définition de l’agence de promotion

Design, architecture intérieure, décoration, scénographie : une nouvelle génération de créateurs frappe vigoureusement à la porte de la renommée. Pour les aider à déployer leur art, Guillaume de Saint Lager est devenu leur agent. Un métier rare dans la profession, mais riche d’opportunités à l’heure où l’international plébiscite le savoir-faire français.

Ils colonisent les pages des magazines, collectionnent les récompenses et les projets de résidences prestigieuses. Ils n’ont pas choisi la voie du design industriel, mais celle des arts décoratifs. Ils connaissent sur le bout des doigts leur répertoire du style sur plusieurs siècles. Leur pratique est indissociable de l’artisanat, leur production est limitée et sur mesure. C’est dans ce vivier de jeunes talents que Guillaume de Saint Lager a puisé l’essence de son agence de promotion, Paragone.


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Propulser la nouvelle génération

Le but est de les propulser à l’international, là où les projets de retail ou d’hôtellerie promettent des expériences hors du temps. L’homme a le carnet d’adresses proportionné à ses ambitions. Chez Accor, leader européen de l’hôtellerie, il est senior vice-président de la marque Orient Express.

Le projet d’architecture intérieure A benidor, une installation évoquant la fraîcheur d’une sieste à Alger, par Edgar Jayet avec Victor Fleury Ponsin, a reçu le grand prix Design Parade Toulon Van Cleef&Arpels 2021.
Le projet d’architecture intérieure A benidor, une installation évoquant la fraîcheur d’une sieste à Alger, par Edgar Jayet avec Victor Fleury Ponsin, a reçu le grand prix Design Parade Toulon Van Cleef&Arpels 2021. DR

La fonction est idéale pour observer combien la touche française est prisée des marchés du luxe aujourd’hui: originalité, raffinement et un mélange détonnant d’héritage et d’expérimentation. De fait, Guillaume de Saint Lager a hérité de sa mère le goût et la culture du beau – les meubles sculptés d’Hélène de Saint Lager ont obtenu la faveur de Jacques Garcia ou de Peter Marino« Paragone regroupe dix-sept jeunes talents à ce jour, précise-t-il. Nous allons convaincre les porteurs de projets et les marques de luxe de leur faire confiance pour des chantiers d’envergure. »

Une série de miroirs Rocaille, d’Hugo Drubay, évoquant la surface de l’eau, d’un tronc d’arbre ou du corail. Le style Rocaille, apparu au XVIIIe siècle, est interprété ici en céramique.
Une série de miroirs Rocaille, d’Hugo Drubay, évoquant la surface de l’eau, d’un tronc d’arbre ou du corail. Le style Rocaille, apparu au XVIIIe siècle, est interprété ici en céramique. DR

Le monde du design et de la décoration n’est pas familier du métier d’agent. En effet, ceux qui le pratiquent se comptent sur les doigts d’une main et ont surtout affaire aux signatures confirmées. « Pour ma part, je cherche à détecter des personnalités, explique Guillaume de Saint Lager. Ils doivent avoir une identité, peu importe si elle ne plaît pas à tout le monde. C’est cette unicité qui fera un grand designer. Cette génération veut et sait tout faire. Scénographie, design, architecture intérieure, ils se vouent totalement à leur art. »

Promotion Paragone

Paragone représente Giovanna de Bosredon, qui a conçu les boutiques « d’apothicaire » de Marin Montagut; Joséphine Fossey, dont l’agence d’architecture intérieure est aussi curatrice d’art; Marion Mailaender qui signe le Tuba Club, à Marseille

Le bureau Spire, d’Hugo Drubay. Lauréat du prix Mobilier national-Design Parade Toulon 2019, le designer a gagné à cette occasion une résidence créative au sein du Mobilier National. Il a donc réalisé en érable et en sycomore, en collaboration avec l’Atelier de recherche et de création du Mobilier national (l’ARC), ce meuble qui affiche des courbes numériques figurant des strates sédimentaires et le scintillement du soleil sur l’eau en Méditerranée.
Le bureau Spire, d’Hugo Drubay. Lauréat du prix Mobilier national-Design Parade Toulon 2019, le designer a gagné à cette occasion une résidence créative au sein du Mobilier National. Il a donc réalisé en érable et en sycomore, en collaboration avec l’Atelier de recherche et de création du Mobilier national (l’ARC), ce meuble qui affiche des courbes numériques figurant des strates sédimentaires et le scintillement du soleil sur l’eau en Méditerranée. DR

« Ils sont très différents, juge leur agent. Rien de commun entre le style pop de Julien Sebban, d’Uchronia, la poésie à fleur de peau de Fanny Perrier et le classicisme de Joséphine Fossey. Ils s’admirent, s’observent, échangent. Quelque chose est en train de naître. » Fanny Perrier est architecte d’intérieur. Elle compte à son actif une boutique Repetto, à Paris, le club privé Chéri Chéri, à Pigalle, et le restaurant Le Perchoir Y du lieu culturel polymorphe le Hangar Y (lire p. 74), à Meudon (92). « Nous sommes créatifs et chefs d’entreprise à la fois, dit-elle. Guillaume est la tierce personne qui nous manquait. Il nous fait avancer, avec des projets encore plus ambitieux. »

Edgar Jayet n’a que 26 ans. Il a reçu, avec Victor Fleury, le grand prix Design Parade Toulon Van Cleef&Arpels en 2021, et le Mobilier national vient d’acquérir deux de ses fauteuils.

Toujours par Studio Perrier, le restaurant Le Perchoir Y attenant au Hangar Y, lieu culturel en bordure de la forêt de Meudon, prend des airs de maison de campagne.
Toujours par Studio Perrier, le restaurant Le Perchoir Y attenant au Hangar Y, lieu culturel en bordure de la forêt de Meudon, prend des airs de maison de campagne. Jérôme Galland

« Je ne vois pas pourquoi le milieu de l’architecture intérieure s’affranchirait d’un agent comme dans l’art contemporain ou le cinéma, rappelle-t-il. Il porte sur notre travail un regard extérieur, il nous oriente. La direction artistique nous appartient, la démarche commerciale lui revient. »

Enfin, Hugo Drubay est designer, scénographe et architecte d’intérieur. Il est actuellement en résidence à la Villa Médicis, à Rome. L’un de ses bureaux, Tripode, fait aussi partie de la collection du Mobilier national. En érable sculpté de courbes sinueuses, il évoque des formes de la nature, des strates de sédiments ou les mouvements du sable. « Hugo est inspiré par les arts décoratifs du XIXe siècle. Il me fascine par sa capacité à faire le grand écart entre le futurisme et l’Art nouveau, constate le responsable d’agence. On ne peut pas dater ce qu’il fait. »

Au musée Magnelli-musée de la Céramique, à Vallauris, en 2023, scénographie de Fanny Perrier pour l’exposition « Picasso/Ateliers Hugo: les hommes d’or », histoire de la collaboration entre Pablo Picasso et l’orfèvre François Hugo.
Au musée Magnelli-musée de la Céramique, à Vallauris, en 2023, scénographie de Fanny Perrier pour l’exposition « Picasso/Ateliers Hugo: les hommes d’or », histoire de la collaboration entre Pablo Picasso et l’orfèvre François Hugo. Ambroise Tezenas

« Si je suis designer, révèle Hugo Drubay, c’est que les projets globaux d’envergure sont très difficiles à décrocher. Mon souhait est d’appliquer mon travail de recherche sur les techniques et les matières à une architecture intérieure qui fasse corps avec le bâti. Guillaume m’apporte cette opportunité. »  Paragone, à l’époque de la Renaissance italienne, désignait un débat féroce cherchant à classer un art au-dessus des autres: sculpture, peinture ou architecture… La preuve ici que choisir son camp n’est pas toujours pertinent.


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