Quand un coup d’essai se révèle être un coup de maître… En 2018, le Grand Prix Design Parade Toulon – Van Cleef & Arpels est attribué à Kim Haddou et Florent Dufourcq (ex aequo avec Antoine Chauvin) pour Grotto, un petit salon de lecture évoquant une architecture méditerranéenne antique.
A lire aussi : Design Parade 2023 : tous nos coups de cœur

Bienvenue dans l’univers de Kim Haddou et Florent Dufourcq
Sa bibliothèque, composée de niches irrégulières creusées dans un mur en crépi, fait le tour des réseaux sociaux et se retrouve vite copiée par un grand nombre de décorateurs, de lieux, de boutiques, de restaurants…
L’aventure Design Parade permet aux deux lauréats de nouer des liens privilégiés avec l’écosystème de la Villa Noailles, organisatrice du concours, et de rencontrer les restaurateurs David et Lisa Pirone, qui leur passent une commande ambitieuse : la rénovation complète, dans le centre de d’Hyères, d’un hôtel de 1890 à l’histoire glorieuse – 37 chambres, un restaurant, un bar et un jardin à ressusciter avec un œil contemporain –, qui ouvrira ses portes au printemps.

« Notre travail, c’est de partir de la compréhension de l’espace, puis de tirer la pelote. Ici, nous avons voulu éviter le cliché de l’établissement de bord de mer avec terre cuite au sol, etc. Nous avons créé un lieu élégant de centre-ville du Sud, ce qui est bien différent. Le propriétaire nous a suivis dans ce choix, au contraire de nombreuses personnes nous appelant pour reproduire le projet Grotto… Mais celui-ci a été copié des centaines de fois, jusqu’à Bali. Il est devenu une mode, alors que notre idée était juste de remettre au goût du jour cette architecture oubliée », expliquent de concert les architectes.
Trentenaires, diplômés de l’école Camondo, ils fondent leur agence juste après avoir remporté leur prix. Leur première commande est la boutique Maje, rue Saint-Honoré, à Paris, où ils dessinent un immense bas-relief blanc aux volumes géométriques dont la teinte craie fait écho aux façades parisiennes.

Un concept qui devait être dupliqué dans d’autres espaces de vente de l’enseigne, mais qui est stoppé net par le Covid-19, comme le sont alors de multiples investissements dans le secteur du retail. Ce projet signature les fait connaître auprès de particuliers, qui leur confient l’aménagement de leur domicile.
Le duo conçoit ces lieux domestiques « comme des décors, des univers totaux », résume Kim Haddou. Ils réalisent également une vitrine pour Hermès, à Saint-Tropez.

Leur inspiration les conduit toujours à privilégier une belle luminosité soutenue par l’emploi de teintes claires – du blanc au crème –, des jeux de matériaux – naturels, comme la pierre ou les carreaux de céramique, ou industriels, comme l’Inox – et une palette sourde, du kaki au cognac.
Cette attention aux détails n’élude pas un réel souci de fonctionnalité : « Notre rêve est de tout dessiner chez nos clients, comme le faisaient les architectes des années 30, que nous vénérons », confie Florent Dufourcq.

Le tandem travaille d’ailleurs sur une collection de mobilier qui sera commercialisée avant l’été. Dans l’appartement où ils viennent d’emménager, ils ont joué la carte opposée, avec un univers minimaliste et quasi dysfonctionnel.
« On passe nos journées à imaginer des univers, alors, chez nous, on a eu envie de se vider la tête et de calmer les yeux. Nous avons fait ce que nous n’aurions pas pu proposer à notre clientèle, c’est-à-dire un intérieur ultra-sobre, sans décor ni moulures, mais avec des miroirs partout et de la moquette blanche dans la cuisine, tout-Inox », s’amuse la jeune femme.

Une décision commune, comme tout leur travail. Kim Haddou « affine, polit, harmonise » ce que Florent Dufourcq a conçu. « Nous parvenons à des résultats plus riches que si nous étions seuls dans notre zone de confort », glisse-t-elle. « Nous avons confiance dans la vision de l’autre, qui est aussi un garde-fou. Avant de convaincre nos commanditaires, nous devons d’abord nous persuader l’un l’autre ! » renchérit-il. Un travail d’équipe qui s’avère très prometteur.
A lire aussi : Les jeunes éditeurs investissent le marché du mobilier