Célèbre pour ses sculptures monumentales en acier, l’artiste plasticien Bernar Venet nous a ouvert les portes des espaces privés de sa fondation varoise. Une visite qui dévoile un lieu rare, aussi libre qu’habité.
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Au Muy, une fondation pensée comme une maison
Se coucher face à une étrange machine-créature à tête d’ours signée Jean Tinguely ou enjamber une poutre de la sculpture de Jannis Kounellis pour prendre un livre dans la bibliothèque… Ici, l’art ne se résume pas à un tableau accroché au mur. « Si c’était simplement décoratif, ça n’aurait pas de sens », commente le maître des lieux.
Jamais avare de formules chocs, Bernar Venet – qui, selon sa biographe Catherine Francblin, a ôté le « d » de son prénom en 1963 « pour qu’on ne le confonde pas avec Bernard Buffet » – poursuit : « Ce n’est pas pour leur valeur financière, mais parce que ces œuvres sont un héritage de la pensée, de ce qu’un être humain est capable de faire. »
C’est là, au Muy, commune française de l’arrière-pays varois qui accueille tant de domaines consacrés à l’art, que l’artiste plasticien, né en 1941, a installé sa fondation. Célèbre pour ses sculptures monumentales en acier Corten disposées dans de nombreux sites urbains – Paris, Nice, Berlin, Tokyo, Pékin… –, présentées à Versailles comme au Louvre-Lens, Bernar Venet a rapidement eu besoin d’espace.
En 1989, alors qu’il vit à New York, il acquiert ici un vieux moulin et une usine sur un terrain de neuf hectares. À mesure que sa propriété s’embellit et que sa collection s’agrandit, constituée de ses propres œuvres et de créations d’artistes amis, et face au dilemme de sa succession, la création d’une fondation s’impose à lui.
L’acquisition, en 2014, de six grands reliefs de Frank Stella, dont il est proche, et la construction d’une chapelle dans le parc pour les accueillir marquent l’ouverture du lieu au public. Depuis, les visiteurs peuvent découvrir, sur réservation et durant la belle saison uniquement, un parc de sculptures qui mêle les œuvres du propriétaire à celles de Sol LeWitt, Anish Kapoor ou James Turrell, ainsi que L’Usine et La Nouvelle Galerie, qui présentent des expositions temporaires, comme, cet été, un accrochage de l’artiste minimaliste américain Dan Flavin.
Vivre avec l’histoire de l’art
Côté espaces privés, la liste des artistes continue d’impressionner. Et si la majeure partie des pièces sont ancrées dans le vécu de Bernar Venet, on y croise aussi un Degas ou un Kandinsky. « Nous vivons avec l’histoire autour de nous », résume celui qui collectionne toutes ces pièces avec sa femme, Diane.
Là, une de ses tables ; ici, un lit de Donald Judd. Le décor pourrait avoir des airs de musée, mais la vie quotidienne reprend constamment ses droits. À propos de son premier loft new-yorkais, au 597 Broadway, l’artiste raconte : « Quand je me suis installé à New York, dans mon premier loft, entouré de hippies, j’ai trouvé un matelas dans la rue et, pour en faire un divan, je suis allé acheter du contreplaqué. C’est aussi simple que ça. »
Une philosophie qui résume assez bien l’esprit du lieu : pas de piédestal, pas de distance sacrée entre l’œuvre et celui qui la regarde. L’art est là parce qu’il fait partie de la vie.
Cette même logique se retrouve dans le mobilier de Bernar Venet. Tables, chaises, consoles et divans : l’artiste les conçoit dès 1969, dans un geste qu’il revendique comme ludique. « J’ai fait ça pour m’amuser, sans aucune prétention », confie-t-il.
Malgré tout, sa table étoile à six branches, dans lesquelles viennent s’intégrer six chaises réalisées dans le même alliage métallique, a tout d’une sculpture. Une ambiguïté qui risque bientôt de devenir très concrète pour les collectionneurs : le mobilier de Bernar Venet sera exposé et vendu chez Christie’s en février 2027.
Un domaine varois où l’art déborde
Dans ce domaine qui compte un ancien hangar réaménagé en loft pour accueillir amis, directeurs de musée et collectionneurs, le moulin, où la famille vit l’hiver, et L’Usine, où elle prend ses quartiers d’été, il règne un esprit minimaliste, lumineux, complètement anticonformiste.
Il existe une radicalité chez Bernar Venet qui confond art de vivre et vivre avec l’art. Quelque chose « d’un peu artiste », comme aimaient dire ses parents de lui lorsqu’il était enfant.
Au Muy, cette disposition n’a finalement rien d’une pose. Elle est devenue une manière d’habiter, de collectionner et, surtout, de regarder. Ici, les œuvres ne décorent pas la maison : elles font partie de son quotidien.
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