Rudy Guénaire réinvente Matsuri : un voyage du Japon à Blade Runner en passant par la Californie

Si Matsuri avait bousculé son monde en important dans les années 80 le concept du "kaiten" japonais, l'enseigne peinait à se renouveler... Jusqu'au rachat des douze restaurant par un trio brillant. Rudy Guénaire a été choisi pour métamorphoser l'une des ses adresses parisienne. Les inspirations à suivre ? Le Japon, la Californie et Blade Runner !

Souvenez-vous : à Paris, en 1986, Matsuri importait en France le concept nippon de sushi en libre service sur comptoir tournant. Fin 2023, la douzaine de restaurants est rachetée par deux pontes de la restauration, Adrien de Schompré, cofondateur de Sushi Shop et Céleste Velarde, ancienne directrice artistique de Big Mamma, accompagnés de Sébastien Blanchet. Le trio compte bien effectuer un rebranding complet afin de remettre les établissements au goût du jour et sur les rails du style. Rudy Guénaire, co-fondateur de PNY, s’attaque à l’adresse de 200 mètres carrées de la rue Victor Hugo, à Paris.


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Un nouveau souffle pour Matsuri

« J’avais mis une fois les pieds dans un restaurant Matsuri, il y a 15 ans ! se rappelle Rudy Guénaire, diplômé d’HEC et créatif dans l’âme, également fondateur du studio de design Nightflight – référence au roman Vol de Nuit d’Antoine de Saint-Exupéry (1931). Lorsque Céleste Velarde, ancienne directrice artistique de Big Mamma, le contacte pour repenser le restaurant de la rue Victor Hugo, à Paris, il y retourne, et prend conscience de la nécessité de revoir et corriger la décoration : peinture blanche, des spots en abondance, des bouches d’aération à foison, quelques morceaux de bambou pour se mettre dans l’ambiance… “Le lieu était fonctionnel, mais ne racontait aucune d’histoire.” Le designer conserve tout de même un détail de taille, le sol, des petits galets noirs posés les uns à côté des autres qui lui rappellent de loin les extérieurs de la villa impériale de Katsura, à Kyoto au Japon.

Le restaurant Matsuri de l’avenue Victor Hugo, à Paris, revu et corrigé par Rudy Guénaire. © Ludovic Balay
Le restaurant Matsuri de l’avenue Victor Hugo, à Paris, revu et corrigé par Rudy Guénaire. © Ludovic Balay

Le brief tient en trois mots : Californie, Japon et Blade Runner (d’accord, quatre mots). “Les repreneurs désiraient changer totalement l’esprit du lieu et attirer une nouvelle clientèle, notamment grâce à une lecture californienne du sushi, qui se retrouve à travers la grande variété de couleurs, d’ingrédients, les sauces délicieuses à base de mayonnaise…” La carte a été entièrement repensée, “et bien !” assure Rudy Guénaire. “J’ai tout de suite aimé l’idée de rapprocher ces deux régions, pas simplement en terme d’esthétique, mais également en ce qui concerne la philosophie.

Le Japon à la sauce californienne

De la Californie, il emprunte les lignes obliques et le japonisme propre aux modernistes, dont Frank Lloyd Wright, “notre dieu à tous” précise-t-il, qui a rapporté de ses voyages nombre d’inspirations. Du Japon, il s’approprie le bois et les encadrements omniprésents au pays du Soleil levant, les couleurs marron glacé, en référence aux desserts nippons à la châtaigne – les seuls que Rudy Guénaire apprécie réellement !

Le restaurant Matsuri de l’avenue Victor Hugo, à Paris, revu et corrigé par Rudy Guénaire. © Ludovic Balay
Le restaurant Matsuri de l’avenue Victor Hugo, à Paris, revu et corrigé par Rudy Guénaire. © Ludovic Balay

Le cofondateur des restaurants PNY conserve – évidemment – le kaiten, cet ilot central typiquement nippon où défilent les plats sur un tapis roulant. “Cette façon d’attendre l’arrivée des mets est si japonaise, si mignonne ! Je voulais traiter cet élément comme un mini building aux formes modernistes regardant vers le Japon. L’objet en lui-même symbolise l’alliance des deux cultures : la table est en Formica, typiquement américain et se termine en bois foncé, très japonais.

Il imagine pour l’occasion une nouvelle chaise, robuste, qu’il croit inspirée des assises caractéristiques des izakaya, l’équivalent japonais d’un bar à tapas populaire et bon marché. “Je me suis rendu 500 fois dans ce genre d’endroit, j’étais persuadée qu’elle lui ressemblait en tous points ! Et en fait, pas du tout ! Je me suis senti comme les architectes américains du siècle dernier qui fantasmaient le Japon sans y être aller, infusant leurs créations de leur propre vision du pays du Soleil levant.

Le restaurant Matsuri de l’avenue Victor Hugo, à Paris, revu et corrigé par Rudy Guénaire. © Ludovic Balay
Le restaurant Matsuri de l’avenue Victor Hugo, à Paris, revu et corrigé par Rudy Guénaire. © Ludovic Balay

Rudy Guénaire : “J’aime me perdre dans le temps

Et Blade Runner, dans tout ça ? Rudy Guénaire, dont le travail fleure bon le rétrofuturisme, s’inspire de l’esthétique du film réalisé par Ridley Scott en 1982 (et librement inspiré du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1966) de l’auteur de science-fiction Philip K. Dick) : “Même dans le deuxième opus [Blade Runner 2049, Denis Villeneuve, 2017, NDLR] il y a un gros travail sur l’architecture et la lumière : les néons de toutes les couleurs, cabossés, qui grésillent, cette image d’un future crade”, loin des univers aseptisés du Space Age.

Il fusionne cette idée avec les plafonds japonisants de la Louis Penfield House, construite par Frank Lloyd Wright en 1955 dans la banlieue de Cleveland, Ohio, dans le nord est des États-Unis. Résultat : le designer fait poser des skydomes, ces dômes lumineux bombés. “Le système d’éclairage interne permet de choisir les couleurs très finement. J’ai misé sur un éclairage coloré, pour rappeler les fameux néons du blockbuster. J‘ai privilégié des teintes très californiennes, joyeuses et optimistes, que j’ai cherché à « japoniser » en les désaturant. Il faut dire qu’il n’y a pas de couleurs vives au pays du Soleil levant, ils préfèrent les teintes naturelles, le papier…

Le restaurant Matsuri de l’avenue Victor Hugo, à Paris, revu et corrigé par Rudy Guénaire. © Ludovic Balay
Le restaurant Matsuri de l’avenue Victor Hugo, à Paris, revu et corrigé par Rudy Guénaire. © Ludovic Balay

Le restaurant Matsuri de la rue Victor Hugo, à Paris, a ainsi rouvert ses portes après moins de 7 semaine de travaux et une métamorphose complète. Si les références sont difficiles à dater, Rudy Guénaire l’a fait exprès : “J’apprécie particulièrement tout ce qui se rapporte au rétrofuturisme, et j’aime piocher dans plusieurs époques afin de brouiller les pistes.” Ravis du résultat, Adrien de Schompré, Céleste Velarde et Sébastien Blanchet lui confient un second restaurant de la chaîne, celui de la rue Marboeuf, dans le 8e. “J’ai déjà une idée en tête mais je ne dirai rien, à part que ce sera très différent.” Le suspense est insoutenable. En attendant cette prochaine réouverture prévue pour la Toussaint, rendez-vous au 119 avenue Victor Hugo, à Paris (16e).

> Restaurant Matsuri, 119 Av. Victor Hugo, Paris 16e. Plus d’informations ici.


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