À Milan, cet appartement transforme un ancien débarras en rêve métaphysique

Dans le quartier des Navigli, le studio Paradisiartificiali et l’artiste Owen Gent ont métamorphosé un ancien débarras en un petit monde parallèle inspiré par Giorgio de Chirico et ponctué de couleurs franches.

À Milan, au fond de la cour d’une casa di ringhiera du début du XXe siècle, un ancien local de stockage longtemps laissé à l’abandon où trainaient outils, meubles oubliés, poussière et lierre vient de se métamorphoser radicalement. Aux côté de l’artiste britannique Owen Gent, le studio Paradisiartificiali a transformé ces 37 mètres carrés en un pied-à-terre où l’on passe quelques nuit, certes, mais qui permet surtout d’entrer dans une autre version de Milan.

Le nom du projet, Mysterious Baths, donne le premier indice. Il renvoie à I Bagni misteriosi, l’univers imaginé par le peintre, sculpteur et écrivain italien Giorgio de Chirico (1888 – 1978) dès 1934, puis matérialisé à Milan sous la forme d’une fontaine réalisée en 1973 pour la XVe Triennale. Une œuvre où bassins, cabines, personnages et perspectives impossibles composent un monde familier devenu soudain franchement énigmatique.


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Giorgio de Chirico plutôt que le Milan de carte postale

Paradisiartificiali préfère la ville qui se cache derrière le Milan du marbre, du rationalisme et des façades impeccables. Une intuition que le studio rapproche de l’écrivain et artiste Alberto Savinio, frère de De Chirico, qui décrivait Milan comme une cité apparemment dure et minérale mais adoucie par ses « jardins intérieurs ».

Cette idée irrigue tout le projet. Une fresque monumentale d’Owen Gent, qui reprend le nom The Mysterious Baths, déploie deux grandes arches qui semblent ouvrir sur un paysage imaginaire. Une fenêtre ronde devient un soleil. La cage d’escalier jaune se prolonge dans la peinture, les canapés prennent des airs de buissons, tandis que la lumière zénithale, filtrée par deux grands puits de lumière, baigne l’ensemble dans une palette saturée.

Le trompe-l’œil brouille ici volontairement les frontières. L’escalier conduit à la mezzanine, mais semble aussi monter dans la fresque. Le paysage peint devient presque une extension de la pièce. C’est précisément ce jeu entre réalité et fiction qui donne au petit appartement sa sensation d’espace mentalement extensible.

Un décor comme machine à voyager

Ce pied-à-terre destiné à être loué pour des voyageurs de passage invite à expérimenter la ville par l’imaginaire.

Le projet s’appuie d’ailleurs sur une autre présence milanaise : une petite sculpture en bois d’Alessandro Mendini, interprétée par les architectes comme une évocation miniature du Palazzo dell’Arte de Giovanni Muzio, siège de la Triennale. Posée dans le séjour, elle agit comme une sorte de boussole discrète au milieu du décor.

La sélection de mobilier joue le jeu. Les fauteuils et le canapé Yum Yum de Lapo Ciatti pour Opinion Ciatti, les céramiques Le Morandine de Sonia Pedrazzini, la bibliothèque Krossing de Kriptonite ou encore les luminaires de Vico Magistretti et Achille Castiglioni composent un intérieur qui assume pleinement son goût pour la couleur et la sculpture. Dans la cuisine, les carreaux Rombini des frères Bouroullec pour Mutina prolongent cette géométrie ludique, tandis que la salle de bains aux carreaux Bisello de Bardelli, clot le dernier chapitre du voyage.

Faire beaucoup avec très peu

Derrière cette fantaisie, la transformation architecturale est pourtant très concrète. Le local a été entièrement repris : création d’un vide sanitaire ventilé, nouvelle toiture avec poutres apparentes, insertion d’un bloc central réunissant cuisine et salle de bains.

La hauteur disponible a ensuite permis d’ajouter une petite mezzanine transformée en alcôve, libérant le volume principal pour le séjour et la cuisine, permettant. de passer de 37 mètres carrés à 53.


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