Première sortie pour la lampe M57 de Jules Wabbes

L’édition, tardive, du « dispositif d’éclairage à double position » imaginé en 1957 par le designer belge Jules Wabbes illustre toute la difficulté de faire vivre un modèle dont il ne reste presque aucune trace. Une aventure qui éclaire – aussi – le parcours d’un grand créateur trop méconnu.

Sculpturale ! Telle est la lampe M57 de Jules Wabbes (1919-1974), un « geste » de laiton strié d’ailettes diffusant de la lumière. Pourtant, le modèle présenté en 1957 à la XIe Triennale de Milan dans la section belge n’a jamais été édité, ses ampoules à incandescence surchauffant la structure métallique.


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Un travail titanesque

Les deux prototypes existants et les plans n’ont jamais été retrouvés. Les seuls documents disponibles sont les photographies de Serge Vandercam, membre du mouvement Cobra, pour le livret de la manifestation transalpine. Le designer exposait alors son « système de meubles à lattes », plus stable – comptant trois tables, trois bibliothèques, un bureau –, et cette lampe, qui lui vaudra une médaille d’argent.

L’édition de la M57 par le designer belge Jules Wabbes illustre la difficulté de faire vivre un modèle dont il ne reste presque aucune trace, 2024 – IDEAT
L’édition de la M57 par le designer belge Jules Wabbes illustre la difficulté de faire vivre un modèle dont il ne reste presque aucune trace, 2024 – IDEAT Milan. Archives de la Triennale de Milan.

Jules Wabbes commercialisait tout lui-même, via sa société Mobilier Universel, fondée en 1953, puis par General Decoration, créée en 1969, qui a édité plus de 70 de ses projets, tous fabriqués artisanalement en Belgique. Il s’était par ailleurs vu confier l’aménagement de l’ambassade américaine de La Haye (Pays-Bas), signée du grand Marcel Breuer.

Une réédition attendue

Une consécration pour cet autodidacte fan du Bauhaus, entré à 16 ans comme apprenti chez un photographe. Sa connaissance pointue des objets avait aussi été nourrie par un passé d’antiquaire. L’ébéniste Vincent Colet, copropriétaire de General Decoration depuis 2014, et sa femme, Caroline, designeuse, ont eu accès aux archives du maître grâce à ses ayants droit – Marie Wabbes, son épouse, et Marie Ferran-Wabbes, leur fille.

L’édition de la lampe M57 chez General Decoration marque cette année les 50 ans de la disparition de son auteur. Le laiton brossé de la structure se conjugue au laiton nickelé des ailettes.
L’édition de la lampe M57 chez General Decoration marque cette année les 50 ans de la disparition de son auteur. Le laiton brossé de la structure se conjugue au laiton nickelé des ailettes. Nicolas Schimp

Cinquante ans après la mort prématurée du designer et architecte d’intérieur, à l’âge de 54 ans, la lampe M57 est enfin éditée, en série limitée (10 exemplaires, au prix d’une oeuvre d’art), fruit d’une collaboration avec le designer Gaston Golstein, de Duplex Studio, et l’artisan Cédric Leurquin, de Zed Ateliers.

Elle mixe le laiton brossé pour la partie luminaire et une finition nickelée pour les ailettes diffusant la lumière, désormais produite par des ampoules LED. Alors que Jules Wabbes restait surtout connu dans son pays natal, ses éditeurs souhaitent lui donner « la reconnaissance qu’il mérite sur le marché international ». On ne pouvait rêver mieux que cette édition pour inviter à (re)découvrir ce designer.


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