Göteborg et l’ouest de la Suède : le guide d’un territoire encore méconnu

Située entre Oslo, en Norvège, et Copenhague, au Danemark, l'ouest de la Suède, cette région aux rivages battus par les vents, aux villages en bois et aux cités tournées vers l’innovation, forme un territoire où l’on ralentit naturellement.

Entre les mystérieuses forêts du Nord et la nature unique des îles du Sud, l’ouest de la Suède est encore largement méconnu. Tout entière consacrée à la mer et à ses délices – la crevette y est reine –, portée par la ville de Göteborg, cette région compte d’innombrables maisons secondaires sur la côte et une campagne douce et calme. Ici, le sauna est moins pratiqué que dans le reste du pays. On nage et on se baigne dans la mer et les lacs dès que le thermostat grimpe. Et comme ce dernier ne monte jamais très haut, la destination devrait vite être estampillée « coolcation » (« vacances au frais »), à l’heure où les canicules se multiplient. C’est donc la promesse d’un itinéraire au vert. Même les musées se fondent dans le paysage. Mais il ne faut pas sous-estimer Göteborg, deuxième ville du pays derrière Stockholm, la capitale, par sa démographie (600 000 habitants) et par son activité économique qui recèle de bonnes adresses et une architecture protéiforme.


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Göteborg, la douce

Si la bonne santé d’une ville se mesure au nombre de grues qui se dressent à l’horizon, on peut estimer que cette cité portuaire, fondée en 1621 pour créer un accès maritime vers l’ouest, se porte bien. Considérée comme le principal port de Scandinavie, Göteborg, qui compte aussi beaucoup de canaux, attire de nombreuses nationalités. Notre guide locale abonde : « Vingt pour cent des citoyens ne sont pas nés ici ». On la découvre donc plus internationale, plus ouverte sur le monde et plus attrayante qu’on ne le pensait. Et surtout, plus moderne. 

Derrière le port s’élève du haut de ses 86 mètres l’un des bâtiments les plus connus de la ville, le gratte-ciel de Skanska. Construit en 1989, il est surnommé le « Rouge à lèvres » par les habitants.
Derrière le port s’élève du haut de ses 86 mètres l’un des bâtiments les plus connus de la ville, le gratte-ciel de Skanska. Construit en 1989, il est surnommé le « Rouge à lèvres » par les habitants. Julien Oppenheim pour IDEAT

À la faveur d’une économie au beau fixe, les infrastructures sont neuves et les quartiers récents pullulent. Face à la vieille ville, les docks de Lindholmen, que l’on rejoint en bateau, ont été reconvertis et accueillent désormais une université, des logements, des bars et restaurants, des parcs pour enfants et des hôtels. L’endroit compte même la plus grande tour du nord de l’Europe baptisée Karla. Inauguré en 2023 et dessiné par l’agence Skidmore, Owings & Merrill LLP, le gratte-ciel résidentiel culmine à 246 mètres et illustre bien cette envie d’innovation.

À Göteborg, dans le quartier de Lindholmen, au premier plan, le bâtiment rouge appelé Kuggen (« engrenage », en suédois) est situé sur le campus de Chalmers University of Technology. À gauche, la tour Karla, qui semble en mouvement avec sa façade facettée et ses balcons décalés, domine la ville. Culminant à 246 mètres, elle est le plus haut édifice du nord de l’Europe.
À Göteborg, dans le quartier de Lindholmen, au premier plan, le bâtiment rouge appelé Kuggen (« engrenage », en suédois) est situé sur le campus de Chalmers University of Technology. À gauche, la tour Karla, qui semble en mouvement avec sa façade facettée et ses balcons décalés, domine la ville. Culminant à 246 mètres, elle est le plus haut édifice du nord de l’Europe. Julien Oppenheim pour IDEAT

Mais dans cette ville « qui se vit à pied aisément », selon notre guide, la modernité n’a pas attendu les années 2000 pour s’afficher sur les façades des bâtiments. Ainsi, dans le centre historique, la fabuleuse extension du palais de justice imaginée par Gunnar Asplund date de 1934 et peut se targuer d’avoir inspiré Arne Jacobsen comme Alvar Aalto. En remontant l’avenue de la porte Royale (Kungsportsavenyn), sorte de Champs-Élysées, la Götaplatsen ne déçoit pas non plus : quatre infrastructures dévolues à la culture célèbrent cette même époque de l’entre-deux-guerres. La Konserthus (salle de concert), le Konstmuseum (musée des Beaux-Arts), le Stadsteater (théâtre municipal) et la Stadsbibliotek (bibliothèque municipale) suffiraient presque à justifier une visite de Göteborg.

À Göteborg, les anciennes fortifications ont été transformées en ceinture verte et en parc.
À Göteborg, les anciennes fortifications ont été transformées en ceinture verte et en parc. Julien Oppenheim pour IDEAT

Avant de s’échapper, attiré par les embruns, il faut découvrir le World of Volvo, vaste complexe tout entier consacré à la marque de voitures suédoises inauguré en 2024. Le public est invité à découvrir sur six étages et 20 500 mètres carrés un musée sur l’histoire de l’enseigne comme des activités ludiques sur les dangers de la route ou des espaces de restauration.

Skärhamn, la pierre et la mer

Au nord, à une heure de route, sur l’île de Tjörn, se découvre la commune de Skärhamn et ses maisons en bois rouge. Là, entre un clocher de bois blanc et une marina, les clichés qu’on avait en tête se concrétisent.

À Skärhamn, à l’ouest de la Suède, face à la mer, le Nordiska Akvarellmuseet (musée nordique de l’Aquarelle) présente une exposition consacrée aux Danois Asger Jorn et Per Kirkeby. L’institut dispose de cinq studios en bois pour accueillir des artistes en résidence.
À Skärhamn, à l’ouest de la Suède, face à la mer, le Nordiska Akvarellmuseet (musée nordique de l’Aquarelle) présente une exposition consacrée aux Danois Asger Jorn et Per Kirkeby. L’institut dispose de cinq studios en bois pour accueillir des artistes en résidence. Julien Oppenheim pour IDEAT

Moins attendu : le Nordiska Akvarellmuseet (musée nordique de l’Aquarelle), conçu par les architectes danois Niels Bruun et Henrik Corfitsen, semble sortir de la brume. À cheval sur les rochers, avec vue sur la mer, l’institution s’est rapidement fait une réputation dans le monde de l’art en présentant des expositions, toujours sur l’aquarelle, de Louise Bourgeois à Bill Viola. Elle compte aussi cinq studios installés dans des cabanes en bois vitrées, disponibles pour les artistes en résidence.

À Skärhamn, face à la mer, le Nordiska Akvarellmuseet (musée nordique de l’Aquarelle) présente une exposition consacrée aux Danois Asger Jorn et Per Kirkeby. L’institut dispose de cinq studios en bois pour accueillir des artistes en résidence.
À Skärhamn, face à la mer, le Nordiska Akvarellmuseet (musée nordique de l’Aquarelle) présente une exposition consacrée aux Danois Asger Jorn et Per Kirkeby. L’institut dispose de cinq studios en bois pour accueillir des artistes en résidence. Julien Oppenheim pour IDEAT

« Le musée prend une autre dimension, ainsi posé sur l’eau, observe la responsable communication Sofia Olofsson. Lorsque l’on sort des salles d’exposition et que l’on voit ce paysage, on le regarde différemment. Il invite à la méditation. »

Car, pour les Suédois, la nature est une composante nécessaire à leur quotidien. « On vit dehors, on dort dehors, on se baigne et on randonne », résume Emelie Jahnke, responsable des relations publiques de l’office de tourisme de l’ouest de la Suède.

Västergötland, le plat pays

En s’éloignant des côtes, on entre dans la province du Västergötland, « très plate et plus historique », décrit Emelie Jahnke. Mais l’eau n’est jamais bien loin puisque Lidköping, le chef-lieu, fait face au lac Vänern, le plus grand de Suède avec ses 5 650 km². On y vogue et on s’y baigne, on randonne autour, mais on y vient aussi pour admirer le château baroque de Läckö, à la pointe de l’île de Kållandsö, ou pour découvrir l’ancien hôtel de ville, de couleur rouge, typique des maisons suédoises.

Sur la route, un garage à la teinte dite « rouge de Falun », typique de la campagne suédoise.
Sur la route, un garage à la teinte dite « rouge de Falun », typique de la campagne suédoise. Julien Oppenheim pour IDEAT

On raconte que cette tonalité, appelée « rouge de Falun », provient d’une mine de cuivre, la mine de Falun, en activité du Moyen Âge jusqu’en 1992. Les résidus minéraux produits par l’exploitation contenaient des oxydes de fer, qui ont servi à fabriquer cette peinture protectrice (contre l’humidité et les champignons) pour le bois.

C’est cette même nuance que l’on retrouve sur le bâtiment flambant neuf du centre d’art Svenstorp voulu par Erik Johansson et imaginé par sa femme, l’architecte Tina Johansson. Installé dans le village d’enfance du photographe, à Götene, le musée a été aménagé dans les fermes de son père et donne à voir des expositions de photos.

Le sauna Jubileumsparken, à droite, est situé dans l’ancienne zone portuaire de Frihamnen, au centre de Göteborg. Ouvert au public, il se trouve juste à côté des bassins flottants sur le fleuve Göta älv.
Le sauna Jubileumsparken, à droite, est situé dans l’ancienne zone portuaire de Frihamnen, au centre de Göteborg. Ouvert au public, il se trouve juste à côté des bassins flottants sur le fleuve Göta älv. Julien Oppenheim pour IDEAT

Plus loin, au nord, s’élève l’ancienne cité textile de Borås. À 60 km de Göteborg, elle boucle notre circuit. Ville artistique connue pour sa Biennale d’art, elle a su se réinventer face à la délocalisation de ses usines. Le Textile Fashion Center en témoigne à travers un musée sur l’histoire de la ville et celle, plus générale, du textile, mais aussi une école qui forme les futurs managers de cette industrie.

« Les étudiants viennent aussi du monde entier », indique Viktoria Holmqvist, commissaire d’exposition au Textile Fashion Center. On pense au groupe H&M, l’une des entreprises emblématiques de la Suède.

À Göteborg, le Clarion Hotel Draken surplombe le cinéma historique, conservé et transformé en salle de spectacle baptisée Draken Live.
À Göteborg, le Clarion Hotel Draken surplombe le cinéma historique, conservé et transformé en salle de spectacle baptisée Draken Live. Julien Oppenheim pour IDEAT

Le long du fleuve Viskan, se déploie la plus grande collection d’art de rue urbain de Suède (notamment le Bodhi, de Fredrik Wretman, un buste en bronze imposant qui se dresse dans la rivière), mais aussi les preuves de la réhabilitation d’une ville industrielle au XXIe siècle. Comme à chaque fois avec les Suédois, il fait bon vivre.


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