Madrid ne se contente plus de faire la fête. Hôtels pointus, restaurants engagés, galeries émergentes et boutiques de créateurs : la capitale espagnole a changé de tempo. La preuve par 15.
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Hôtels
7 Islas
À deux pas de la Gran Vía, à la lisière des quartiers de Malasaña et de Chueca, cet établissement indépendant, à la fois sobre et extrêmement raffiné, est une rare pépite. Il doit son nom – et son âme ! – aux Canaries, dont sont originaires ses propriétaires.
Installé dans un ancien entrepôt industriel du quartier de Triball, l’hôtel 7 Islas (photo ci-dessus) a conservé la générosité des volumes et la structure brute du bâtiment, le tout magnifié par l’aménagement intérieur façon Bauhaus méditerranéen, confié au studio madrilène Kikekeller. Le vaste et superbe lobby fait office de galerie d’art, d’artisanat, de design avec une curation digne de ce nom.
> C. de Valverde, 14. 7islashotel
Brach Madrid
Sur la Gran Vía, ce bâtiment de 1922 signe l’arrivée en Espagne du groupe Evok Collection et, surtout, la première incursion dans l’hospitalité madrilène de Philippe Starck. Le designer français déploie au Brach Madrid sa « nostalgie moderne » : 53 chambres et quatre suites dans lesquelles une collection d’objets chinés raconte une improbable histoire d’amour, entre hommage à la Génération de 27 (Dalí, Buñuel, Lorca) et clin d’œil à la culture espagnole populaire.
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Restaurant façon grand café madrilène des Années folles, pâtisserie à la française, ainsi que spa minimaliste et high-tech au sous-sol (La Capsule). Une destination en soi.
> Gran Vía, 20. Evokcollection.com/brach-madrid
Notre sélection de restaurants à Madrid
MO de Movimiento
Dans l’ancien Teatro Espronceda, à Chamberí, MO de Movimiento, restaurant de 1 000 m² est né en 2020 de la rencontre entre gastronomie, écologie et design, à l’initiative de deux entrepreneurs atypiques (Felipe Turell et Javier Antequera, fondateurs du groupe Proyectos Conscientes) et de leur collaboration avec le designer Lucas Muñoz Muñoz.
Un vaste patio vitré central baigne l’espace de lumière, tandis que neuf grandes jarres en argile suspendues constituent un système de régulation thermique naturel aussi efficace qu’esthétique. La cuisine méditerranéenne est réalisée au four à bois, les produits sont aussi exigeants que locaux : porc ibérique élevé en liberté, légumes en provenance de petites fermes de Tolède ou de Saragosse.
Il faut absolument goûter les poivrons rôtis au jaune d’œuf mariné, le poulet cuit à basse température, puis passé au four Josper, et la pizza fine, façon romaine, aux asperges vertes, pancetta et fromage affiné, sans conteste une des, si ce n’est LA meilleure pizza de Madrid.
> C. de Espronceda, 34. Modemovimiento.com
Tramo
Sous l’impulsion de Felipe Turell et Javier Antequera, les 466 mètres carrés de cet ancien garage et d’un ex-bar culte des nuits madrilènes du quartier de Prosperidad/Chamartín ont été transformés en lumineux restaurant par le studio d’architecture SelgasCano et le designer Andreu Carulla.
De l’aménagement durable à la carte indexée sur la saisonnalité des meilleurs ingrédients, sourcés auprès de petits producteurs locaux, en passant par le recrutement de l’équipe en partenariat avec des ONG, tout respire la fusion de la créativité et de l’éthique.
On s’y délecte de croquettes de cecina (charcuterie), d’un artichaut grillé, jaune d’œuf confit et salsa macha (huile pimentée mexicaine), de pisto manchego (cousin de la ratatouille) sur pain au maïs feuilleté ou de joues de thon à la mousseline de chou-fleur. Difficile de garder une place pour le dessert, mais le flan au lait de chèvre reste inoubliable.
> C. de Eugenio Salazar, 56. Espaciotramo.com
Sala de Despiece 1 : SDD1 et Sala Cero : SDD0
Le brillant chef et entrepreneur Javier Bonet, aussi radical qu’inclassable, a dynamité les codes de la restauration madrilène. Initié en 2013 à Chamberí dans la Calle Ponzano, qu’il a littéralement lancée (#ponzaning est même devenu un hashtag), il a déménagé en 2024 son Sala de Despiece 1 (SDD1) dans la paisible Calle Alonso Cano, au sein du même quartier.
Naturellement, son concept de « salle de découpe » continue de jouer avec les codes de la boucherie industrielle et met l’accent sur la mise en scène du produit et la chorégraphie du geste – les plats devant toujours être finalisés devant chaque client.
Avec le restaurant Sala Cero, ouvert en 2024 dans le très chic quartier de Salamanca, Javier Bonet pousse encore d’un cran l’expérience et l’avant-gardisme. Passé une porte métallique, façon chambre froide, 45 convives sont invités à s’asseoir devant un long bar et une cuisine ouverte.
Parmi les plats inoubliables : le poulpe de Galice grillé et muhammara (caviar de poivrons), le rolex (jaune d’œuf cuit à basse température, foie gras et fine tranche de pancetta brûlée au chalumeau). En sous-sol, le Subcero, club de musique électro, permet de poursuivre la soirée.
> SDD1 : C. Alonso Cano 28. SDD0 : Sala Cero, Cl. de Ayala, 27. Saladedespiece.com
Ticuí
À deux pas de la Gran Vía, ce restaurant propose une cuisine mexicaine contemporaine, élaborée par le chef Federico Rigoletti, dont un excellent tiradito de dorade avec crème de yuzu, caviar de truite et petit piment.
JSa Arquitectura (Mexico) a signé l’aménagement, élégant et convivial de ce lieu : patio intérieur, comal (plaque traditionnelle pour cuire des tortillas) en pierre volcanique et panneaux textiles muraux. À sa carte, authentique mais moderne, s’ajoute le réputé bar à cocktails confié à Daniel Quezada.
> C. de Cedaceros, 6. Ticui.es
Street XO
Sa localisation – le dernier étage du centre commercial El Corte Inglés Serrano dans le quartier de Salamanca – n’est sans doute pas la première destination à laquelle on s’attend lorsque l’on établit une liste de restaurants en vue d’un séjour à Madrid.
Cependant, la street food fusion imaginée par David Muñoz (par ailleurs chef superstar du restaurant DiverXO) servie autour d’un long bar en U vaut vraiment le détour. Le plat signature à commander ? La pedroche : croquette ultra-croustillante à base de kimchi et de lait de brebis, surmontée d’un sashimi de thon rouge akami, le tout relevé par une sauce XO et du thé lapsang souchong.
Seul bémol : la musique électronique omniprésente, façon club.
> El Corte Inglés Serrano, C. de Serrano 47. Streetxo.com/madrid
La Gildería 2.0
Avec ses murs intérieurs en plâtre gratté et ses cloisons en pavés de verre vert gazon, signés Codoo Studio, ce bar à vermut (vermouth) et gildas (olives, anchois et piment sur pique à cocktail) – un classique basque devenu un incontournable de l’apéritif madrilène – est idéalement situé à deux pas de la Plaza de Olavide, à Chamberí.
Deux jeunes et remuantes entrepreneuses, Yajaira Malavé (par ailleurs DJ fort connue sur la scène électronique) et Cristina Bonaga, ont rendu les gildas réinventés ultra désirables pour la génération Z au sein de leur joyeuse brochette de bars (La Gildería, La Gildería 2.0 et le club Gilda Haus), parfaitement casual mais mode. Une initiative récompensée par le prix de Business Leaders 2026 de Forbes.
> C. de Trafalgar, 15. lagilderia_
Stand Guía Repsol au marché de Vallehermoso
Fin 2025, le célèbre guide gastronomique espagnol, Guía Repsol, a franchi un cap inédit en ouvrant, au cœur de ce marché couvert populaire de Chamberí, un espace dans une ancienne poissonnerie.
Les différents chefs primés dans le guide sont ainsi invités à investir les fourneaux basiques du lieu de façon éphémère. Début mars, dans le cadre de Forma et du Madrid Design Festival, on y a dégusté la simplissime mais parfaite tortilla vaga, garnie de chips maison, poireau et morceaux de boudin ibérique, préparée par Sacha Hormaechea, le chef du restaurant familial Sacha, à Chamartín.
L’aménagement a été confié au designer Lucas Muñoz Muñoz qui a su démontrer le potentiel inventif du réemploi : le métal de l’ancien comptoir à poisson est devenu réflecteur pour luminaires et tables, tandis que le bar a été réalisé dans un terrazzo expérimental, intégrant des cendres provenant de la combustion de déchets ménagers.
Y aller permet de prendre le pouls des synergies croisées à l’œuvre dans la scène créative madrilène actuelle.
> C. de Vallehermoso, 36. Guiarepsol.com/es/mercado-de-vallehermoso
Galeries et musées
Solo CSV
Depuis juin 2025, ce nouvel espace d’art contemporain pointu, fondé par les collectionneurs Ana Gervás et David Cantolla (qui ont précédemment ouvert Solo Independencia, dans un appartement en plein centre-ville, NDLR), a investi les 4 500 mètres carrés d’une ancienne imprimerie, magnifiquement réhabilitée par Estudio Herreros, tout près du Palais Royal.
La section galerie (Bowman Hal) propose d’ambitieuses expositions, souvent conçues en collaboration avec le nec plus ultra des galeries internationales.
> Cta. de San Vicente, 36. Solocontemporary.com/solo-csv/r & Bowmanhal.com
Galería Plaza del Gato
En plein cœur de Conde Duque, le quartier de Madrid actuellement si prisé par les créatifs, Sybilla, figure de proue de la mode espagnole de la Movida, vient d’ouvrir en face de sa nouvelle boutique une galerie d’art nommée Plaza del Gato.
Installée dans un ancien supermarché chinois, sobrement rénové par l’architecte majorquin Andrés Serra, qui en a conservé le magnifique sol en dalles de granito, elle propose une programmation très personnelle. Elle met en lumière des noms parfois oubliés : l’artiste argentin Alejandro Lucadamo, le sculpteur madrilène de la Movida Cristóbal Martín, le peintre français Jean Bouvier.
> C. del Noviciado, 20. Plazadelgato.com
Matadero
Cet ancien abattoir municipal en brique si emblématique du style dit néo-mudéjar a été construit au début du XXe siècle par l’architecte Luis Bellido. Devenu friche industrielle, il a été reconverti à partir de 2006 en centre culturel polyvalent : cinémathèque, théâtre, centre de design et espaces d’exposition cohabitent dans les travées, restées volontairement brutes.
C’est là qu’a pris place, en mars dernier, aux mêmes dates que la foire internationale d’art contemporain Arco (accueillie, elle, au parc des expositions Ifema de Madrid), la première édition de Forma, toute première exposition de design de collection, initiée par le Madrid Design Festival, qui a réuni plus de 40 exposants.
« Matadero est un endroit magnifique, mais il faudra du temps pour qu’il devienne un pôle culturel majeur, car on pourrait le comparer à une Ferrari sans budget. Mais tout ce qu’ils font est incroyable », confie le designer Lucas Muñoz Muñoz. Une initiative à suivre donc.
> P. de Legazpi, 8. Mataderomadrid.org
Shopping
Llop
Au cœur du quartier historique de Las Letras, ce concept-store, d’un blanc aussi immaculé que les constructions de Cadaqués (en Catalogne), est né pendant le confinement du désir grandissant d’Alex Llop – qui travaillait alors dans la mode et le luxe – de rendre hommage à la beauté et à la simplicité des savoir-faire artisanaux catalans.
Aujourd’hui, on trouve donc une micro-collection de mode masculine intemporelle, qu’il a dessinée, notamment en magnifiant le traditionnel farcell catalan (étoffe à carreaux destinée autrefois à être nouée en balluchon pour transporter des courses). Il propose également une très belle sélection de pièces de design et d’artisanat, toutes made in Spain, dont un superbe maxi pouf, en cuir gonflé à l’air, de Jordi Ribaud, et de très beaux pichets en céramique, de Caterina Roma.
> C. de San Pedro, 9. Llopmadrid.com
Fu.Ba
À Chamberí, ne rater sous aucun prétexte Fu.Ba, acronyme de Future Bakery – la boulangerie sans gluten ni sucres raffinés de Fabián León, finaliste de la première édition de MasterChef España. Conçue avec l’architecte Isern Serra, une simple boulangerie a été transformée en un environnement immersif de méditation, pour mieux souligner l’importance du bien-manger/bien-être.
Avec ses volumes de douce grotte, ses murs, aux courbes organiques, recouverts d’un badigeon à la chaux, sa lumière enveloppante et sa table en inox, reposant sur un bloc de roche brute, extrait d’une carrière proche de Madrid, cet espace, minimal mais chaleureux, est vraiment unique.
> C. de Sta Engracia, 112. Wearefuba.com
Ivorypress
Récemment ouverte dans le quartier de Chamberí, cette librairie est une première incursion madrilène d’Ivorypress, la maison d’édition spécialisée dans le design et l’architecture, fondée et dirigée par Elena Ochoa Foster.
On y trouve, on s’en doute, une mine d’ouvrages, tous plus passionnants les uns que les autres. Prévoir donc un bagage en soute pour le retour.
> C. de Orfila, 5. Ivorypress.com
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