En images : un appartement à Paris signé Thibaut Picard

L’architecte Thibaut Picard possède l’art de ranimer et de personnaliser des lieux en créant une palette de couleurs singulière. Cette fois-ci, la gageure consistait à revisiter un bel appartement parisien pour un client étranger amoureux du Paris classique, mais aussi de modernité.

Une architecture traditionnelle dans un quartier historique et très animé de Paris, c’était le rêve de ce directeur artistique argentin, occupé à inventer l’esthétique contemporaine de la maroquinerie. Pour repenser cet appartement, il a fait appel à son ami Thibaut Picard, qui connaissait déjà ses goûts et sa collection de meubles modernistes.


A lire aussi : Home : À Paris, un appartement coloré signé Thibaut Picard


L’architecte Thibaut Picard dans le corridor pour lequel il a choisi une tonalité aubergine. Au mur, gouache sur papier de la série « Nulle part », de Rita Fischer. Sur le meuble, céramique Zoom Center d’India Mahdavi.
L’architecte Thibaut Picard dans le corridor pour lequel il a choisi une tonalité aubergine. Au mur, gouache sur papier de la série « Nulle part », de Rita Fischer. Sur le meuble, céramique Zoom Center d’India Mahdavi. Didier Delmas

Sa demande ? Un lieu inspirant, mais qui repose les yeux de ce propriétaire abreuvé d’images dans un milieu soumis à des mutations constantes. L’architecte a donc joué les équilibristes, insufflant de la modernité tout en respectant les éléments authentiques.

« Dans l’haussmannien, le plan est moins intéressant que les ornements, qui avaient été travaillés à l’époque pour compenser la disposition très rationnelle des pièces, explique Thibaut Picard. Mon client trouvait qu’il y avait un peu trop de moulures. Plutôt que de les supprimer, j’ai tout peint de la même couleur, du sol au plafond. Cela atténue leur présence, tout en conservant ces éléments de caractère importants. »

Dans le salon, entièrement peint en Brun Cèpe S104 (Ressource) pour atténuer la présence des moulures, Coffee Table, d’Isamu Noguchi (Vitra, 1944), fauteuil vintage, plafonnier 6 bras pivotants, de Serge Mouille (1958), et tapis sur mesure signé David Hicks (Codimat Collection). Au mur, photo David Bowie, Diamond Dogs, de Terry O’Neill (1974).
Dans le salon, entièrement peint en Brun Cèpe S104 (Ressource) pour atténuer la présence des moulures, Coffee Table, d’Isamu Noguchi (Vitra, 1944), fauteuil vintage, plafonnier 6 bras pivotants, de Serge Mouille (1958), et tapis sur mesure signé David Hicks (Codimat Collection). Au mur, photo David Bowie, Diamond Dogs, de Terry O’Neill (1974). Didier Delmas

Les trois pièces de réception en enfilade sur rue offrent l’atmosphère enveloppante d’une teinte marron glacé, virant presque au gris à certaines heures de la journée.

Thibaut Picard convoque les grandes figures du design

Dans le salon, la couleur, ni trop sombre ni trop claire, rehausse le vert du canapé, le rose du tapis sur mesure et l’orange des boîtes Hermès disposées en pyramide. La teinte est illuminée à son tour par le blanc des lampes, des fauteuils et de la cheminée, et chaque oeuvre posée au mur se détache encore mieux. Les portes séparant le salon de la salle à manger ont été retirées, permettant au regard d’embrasser une perspective bordée de fenêtres.


A lire aussi : La maison en brique éco-responsable de Studio CAN


Le corridor est meublé d’une bibliothèque chromée USM et d’un meuble USM Haller. Au mur, gouache sur papier de lasérie « Nulle part » de Rita Fischer.
Le corridor est meublé d’une bibliothèque chromée USM et d’un meuble USM Haller. Au mur, gouache sur papier de la
série « Nulle part » de Rita Fischer. Didier Delmas

La cuisine, minimaliste et sophistiquée, occupe un seul côté de la salle à manger. Enfin, le bureau peut se transformer en chambre d’amis. Là encore, le choix de la tonalité révèle sa justesse. Sur le lit, les coussins en tapisserie ou brodés de fleurs multicolores répondent aux dessins pop encadrés et à la lampe Snoopy orange d’Achille et Pier Giacomo Castiglioni.

Serge Mouille, Jean Prouvé, Isamu Noguchi, Eero Saarinen, Gae Aulenti… Les grandes signatures du design scandent les pièces de réception. Tandis que des photos d’icônes, tels David Bowie, Jane Birkin, Carine Roitfeld… ornent les murs. Axe central de l’appartement, le corridor est devenu une pièce à part entière.

Dans la cuisine-salle à manger, qui arbore le même Brun Cèpe S104 (Ressource) que celui du salon et du bureau, EM Table et chaises Standard, de Jean Prouvé (Vitra). Au mur, photographie de la série « Car » de Guillaume Lavrut. Dans le bureau, chaise Tulip, d’Eero Saarinen (Knoll), lampe Pipistrello, de Gae Aulenti (Martinelli Luce), posée sur un tabouret Cabanon LC14, de Le Corbusier (Cassina).
Dans la cuisine-salle à manger, qui arbore le même Brun Cèpe S104 (Ressource) que celui du salon et du bureau, EM Table et chaises Standard, de Jean Prouvé (Vitra). Au mur, photographie de la série « Car » de Guillaume Lavrut. Dans le bureau, chaise Tulip, d’Eero Saarinen (Knoll), lampe Pipistrello, de Gae Aulenti (Martinelli Luce), posée sur un tabouret Cabanon LC14, de Le Corbusier (Cassina). Didier Delmas

« J’aime bien donner une utilité aux zones pauvres, explique Thibaut Picard. Ici, nous avons élargi le couloir, de façon à y aménager un dressing d’un côté et une bibliothèque de l’autre. Mon client possède de nombreux ouvrages d’art, mais ne souhaite pas les avoir sous les yeux dans le salon, car ils lui rappellent trop ses journées de travail. »

L’entrée s’ouvre désormais sur un vaste couloir couleur aubergine meublé d’une bibliothèque chromée USM dont les livres sur Christian Dior, Azzedine Alaïa ou Richard Avedon renseignent sur la personnalité du propriétaire. L’éclairage se reflète dans la peinture laquée, animant ainsi l’espace qui conduit à la chambre principale, presque monacale, d’un brun monochrome où murs, plafond et dressing semblent se confondre.


A lire aussi : À Bruxelles, une écoconstruction moderne en pleine nature


Dans le bureau aménageable en chambre d’amis, chaises et table Tulip, d’Eero Saarinen (Knoll), lampe Pipistrello, de Gae Aulenti (Martinelli Luce), posée sur un tabouret Cabanon LC14, de Le Corbusier (Cassina). Au mur, au-dessus de la cheminée, oeuvre d’André Saraiva. Le lit est agrémenté de coussins signés Josef Frank, lampe à poser Snoopy, d’Achille et Pier Giacomo Castiglioni (Flos). Au-dessus du lit, sérigraphie Letter P (Green Variant), de Ben Eine.
Dans le bureau aménageable en chambre d’amis, chaises et table Tulip, d’Eero Saarinen (Knoll), lampe Pipistrello, de Gae Aulenti (Martinelli Luce), posée sur un tabouret Cabanon LC14, de Le Corbusier (Cassina). Au mur, au-dessus de la cheminée, oeuvre d’André Saraiva. Le lit est agrémenté de coussins signés Josef Frank, lampe à poser Snoopy, d’Achille et Pier Giacomo Castiglioni (Flos). Au-dessus du lit, sérigraphie Letter P (Green Variant), de Ben Eine. Didier Delmas

Les moulures ont cette fois disparu, créant un cadre vierge de toute perturbation. En suivant la même inspiration, le client a disposé un pétrin rustique à la silhouette dépouillée à côté d’un fauteuil années 50 signé Pierre Jeanneret, en teck et en rotin, sous la photo d’une autre muse: Madonna.

Deux lampes minimalistes en laiton encadrent le lit d’un éclat précieux. Le jaune d’or de deux tables de nuit USM jouent l’ombre et la lumière avec le velours vert sourd de la tête de lit et le motif écossais du plaid. Par la porte entrouverte, un buffet USM vert leur répond, posé contre le mur violet du couloir. La salle de bains de la suite est la pièce la plus claire.

Dans la chambre principale, d’un brun chaud Drab 290 (Farrow&Ball), lit réalisé sur mesure (The Conran Shop), lampe Thin Task, design Peter Bristol/ Juniper (Triode), posée sur une table de chevet USM Haller M54. En arrière-plan, dans le couloir couleur aubergine, se détache un meuble vert USM Haller.
Dans la chambre principale, d’un brun chaud Drab 290 (Farrow&Ball), lit réalisé sur mesure (The Conran Shop), lampe Thin Task, design Peter Bristol/ Juniper (Triode), posée sur une table de chevet USM Haller M54. En arrière-plan, dans le couloir couleur aubergine, se détache un meuble vert USM Haller.

Sur ses murs crème se détache un plan en marbre noir et blanc. Les façades crénelées du meuble-vasque ont été dessinées sur mesure par Thibaut Picard. La robinetterie en laiton brut prendra, elle, une jolie patine avec le temps. Brun, marron glacé, aubergine, pour ce projet l’architecte a misé sur une palette résolument masculine. Un choix judicieux qui marie parfaitement classicisme et modernité.


A lire aussi : La seconde vie d’un appartement haussmannien haut en couleurs par Thibaut Picard