Interview : De Vuitton à Apple, le luxe selon Marc Newson

Il est l’une des premières stars du design contemporain. Au début des années 2000, les chaises de Marc Newson s’arrachaient à prix d’or. Depuis, l’Australien de 55 ans a préféré surfer sur sa notoriété pour explorer d’autres champs que le mobilier. Collaborateur régulier de Nike, Apple ou Louis Vuitton, il a fait son grand retour au dernier Salon du meuble de Milan avec la « Newson Aluminum Chair », pour Knoll. L’occasion de faire le point sur une carrière exemplaire.

 

Comment est née cette chaise ?
Marc Newson : J’ai rencontré l’équipe de Knoll il y a dix ans. C’est l’une des entreprises du secteur que je respecte le plus, à la fois pour son histoire et son savoir-faire. Une grande partie de son catalogue est exposée dans des musées. Ma maison est aménagée avec du mobilier que Harry Bertoia a réalisé pour Knoll. Au départ, on ne m’a rien demandé de spécifique, sinon une assise qui se destine à la fois au marché domestique et au contract. Il est difficile de dessiner une chaise aussi versatile et qui soit, en plus, empilable. J’ai commencé à travailler sur ce projet il y a cinq ou six ans. Comme je n’avais pas d’échéance, j’ai pu avancer à mon rythme…

Chaises Diamond de Harry Bertoia.
Chaises Diamond de Harry Bertoia.

Est-ce votre seul projet avec Knoll ?
Non, la chaise dévoilée à Milan marque le début d’une collection. Celle-ci comprendra une série de pièces qui ont demandé beaucoup de travail et qui sortiront donc plus tard ! Pour le modèle de bureau, il a par exemple fallu développer jusqu’au mécanisme du dossier, alors que l’immense majorité des fabricants se contente de les acheter tout faits.

Comment avez-vous choisi le tissu de la chaise ?
Je collabore régulièrement avec Nike, ce qui m’a donné l’idée d’utiliser un tissu similaire à celui des baskets actuelles. Pour cette assise, le textile a été développé par DuPont. Il est tricoté et non tissé ! La version noire n’est pas ma préférée, je la trouve un peu ennuyeuse. Contrairement à celles en couleur (rouge, jaune, ou bleue), des teintes sur lesquelles j’ai longuement travaillé.

Légèrement ajouré, le tissu de la chaise s’inspire des baskets Nike.
Légèrement ajouré, le tissu de la chaise s’inspire des baskets Nike. Knoll

Quelle a été votre démarche pour constituer cette collection ?
L’univers du contract cherche à être à la fois fonctionnel et domestique, car de plus en plus de gens travaillent à la maison. Ma chaise est donc autant destinée à l’espace domestique qu’au bureau. Ce sera aussi le cas du reste de la collection. C’est d’ailleurs là où Knoll excelle : dans des pièces qui se situent à cette frontière.

Et vous, où travaillez-vous ? Plutôt chez vous ou au bureau ?
Chez moi ? J’aimerais beaucoup mais je dois me rendre au bureau ! En réalité, je voyage beaucoup et, la plupart du temps, je ne travaille donc ni dans mon bureau ni chez moi !

Toujours entre deux avions, Marc Newson ne travaille jamais au même endroit…
Toujours entre deux avions, Marc Newson ne travaille jamais au même endroit…

La chaise est assez chère, comment expliquez-vous son prix ?
Elle n’est pas chère, elle est coûteuse, pour reprendre une expression de Jean-Louis Dumas (l’ancien patron d’Hermès, aujourd’hui décédé, NDLR), c’est-à-dire qu’en l’achetant, vous en avez pour votre argent. C’est important pour moi de ne pas concevoir de produits jetables. Je veux dessiner des choses de qualité, qui dureront longtemps. Ce qui est plus coûteux pour la planète, ce sont les produits IKEA. Hélas ! le marketing a convaincu les clients qu’ils faisaient une bonne affaire en acquérant des objets à bas coût…

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