À Aix-en-Provence, l’agence CHHO s’est retrouvée face à un appartement neuf, lisse et standardisé qui n’attendait qu’une chose pour exister vraiment : une vision. Visite guidée.
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Du néant à la projection : anatomie d’une transformation
Lors de la première visite, les architectes du studio CHHO ne mâchent pas leurs mots : « L’intérieur était complètement impersonnel… les tons étaient blancs et gris, les sols tristes et datés. Au moins, cela nous laissait un terrain de jeu intéressant !« , confie le duo. Seule consolation : les grandes baies vitrées donnant sur le Pays aixois. Une opportunité immédiatement identifiée par l’agence dirigée par Bertrand Chapus et Thomas Hostache : « Nous avons senti que la lumière naturelle, si généreuse, serait notre meilleure alliée. Elle glissait déjà sur les surfaces grises, prête à révéler des matériaux plus vivants. »
Le vrai déclic, racontent-ils, est venu d’un espace-clé : l’entrée. « Avant même de dessiner, nous avons tout de suite eu un déclic sur le traitement de cette pièce. Rien n’allait : perte d’espace, placard envahi par le chauffe-eau et le tableau électrique… Cet espace avait besoin d’être repensé : le rationaliser, lui redonner du sens et du rangement. Nous savions qu’il pouvait devenir un vrai noyau de distribution, à la fois beau et fonctionnel« .
Ils en repensent chaque centimètre : chauffe-eau extra-plat intégré, meuble sur mesure, banquette en tissu orange seventies, linéaire en noyer dissimulant vestiaire et porte invisible vers la suite parentale. « Nous voulions une ambiance feutrée dans cette entrée, avant d’ouvrir sur les espaces plus lumineux du lieu », expliquent les architectes d’intérieur.
À partir de ce noyau, le reste du projet se déroule comme un fil architectural : ouverture de la cuisine, création d’une chambre master, matériaux entièrement remplacés, mobilier pensé comme une constellation cohérente.
Seventies, modernisme et inox : la grammaire CHHO
L’appartement navigue entre nostalgie et modernité, évitant soigneusement le piège du pastiche seventies. CHHO s’empare du vocabulaire des années 70 – courbes, inox, couleurs chaleureuses – mais le combine à des fondamentaux modernistes, à l’instar de la table Tulie d’Eero Saarinen, des fauteuils Wassily de Marcel Breuer et chaises grillages d’Harry Bertoia. L’idée n’était pas de figer un décor dans le temps, mais de créer « un mélange d’inox, de bois, de béton ciré et de miroirs, baigné de lumière, avec une dose rétro qui vient à contrepied de l’appartement aixois traditionnel. »
Point focal de l’espace de vie, un mur de miroirs calepinés au centimètre près qui dédouble les perspectives et amplifie les volumes, créant une ambiance presque cinématographique. À cela s’ajoute un îlot de cuisine en Dekton Nacre porté par un pied tubulaire chromé, pièce sculpturale qui ancre le projet et rythme le séjour.
La fierté majeure de CHHO ? L’intégration du coffrage de climatisation du séjour — un élément technique que la plupart camoufleraient honteusement. Eux en font un geste graphique, une ligne architecturale qui s’allie au mur de miroirs pour jouer sur les reflets et les profondeurs. « La longueur du coffrage et de sa grille linéaire labyrinthique sont exagérées par le reflet du miroir. Nous nous sommes dit que dans ce cas, il valait mieux oser que tenter de dissimuler. Mais il a fallu tourner le problème dans tous les sens pour trouver la bonne solution qui devait rester conforme sur le plan technique ! » Pari tenu.
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