Si Jòia Bun a baissé le rideau en 2023, l’adresse de la rue de la Michodière reste dans le giron d’Hélène Darroze, qui lui donne une nouvelle vie. Derrière une façade discrète, la sobrement baptisée Maison Michodière déploie une atmosphère feutrée, une ambiance « comme à la maison ». Mais plus qu’un restaurant, c’est d’abord un laboratoire culinaire, un espace de travail où la cheffe affine ses créations, entourée de son équipe. L’adresse n’ouvre au public que deux soirs par semaine, proposant une expérience gastronomique exclusive et se prête aussi aux collaborations et événements privés – dîners confidentiels, masterclasses, shootings ou tournages. Un espace hybride, qui s’inscrit dans la tendance des nouveaux lieux de vie où cuisine et design dialoguent en harmonie.
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Bienvenue dans le laboratoire d’Hélène Darroze !
Grâce à l’ouverture de Maison Michodière à Paris, la cheffe triplement étoilée affirme une autre facette de son talent, celle d’une amoureuse du design et des arts de la table. Cette adresse confidentielle, conçue comme un appartement parisien, est l’expression intime de son goût et de ses inspirations.

« J’ai toujours aimé chiner et trouver des objets qui me font me sentir bien », confie-t-elle. Son nouvel espace, pensé avec l’architecte Marie Vidalenc (Studio MVB) et le galeriste Olivier Castaing, fondateur de School Gallery, s’inscrit dans cette vision. « Ce sont des amis et cela avait du sens de travailler avec des personnes qui me connaissent, qui savent qui je suis et comment je vis. » Comme pour ses précédentes adresses – Marsan, réalisé par Patrice Gardera, ou Joia, conçu avec Guy Olivier –, elle a voulu un lieu qui lui ressemble, une maison, au sens plein du terme, où se croisent convivialité, raffinement et audace.
« Quand on est dans un endroit où on se sent bien, on est tout simplement plus réceptif et créatif. » Et c’est ce qu’il lui fallait pour travailler autant que pour recevoir dans sa cuisine ouverte dans laquelle dominent les teintes douces comme pour contrebalancer le bronze du rideau en velours à l’entrée et la luxuriance végétale de la moquette signée Madeleine Castaing.
À table !
C’est LA pièce maîtresse, celle qui accueille deux soirs par semaine 20 convives. Confectionnée par la maison Blunt à Biarritz, cette grande table d’hôte taillée dans un chêne est « l’élément central de l’expérience », selon Hélène Darroze, qui a mis son grain de sel partout pour sublimer au mieux la dégustation des classiques revisités du terroir parisien – vol-au-vent, pâté en croûte, endive au jambon, soupe à l’oignon…

« Je voulais absolument un vaisselier qui mette en valeur toutes les assiettes, ainsi qu’un coin salon à l’arrière de la salle à manger, où l’on puisse prolonger le repas en douceur sous la lumière du lustre en cristal de Murano pour lequel je me suis battue. On me proposait des modèles plus sobres, mais je voulais quelque chose de lumineux et de très coloré. »
Murs habillés de moulures graphiques en trompe-l’œil, suspensions Philippe Nigro pour DCW, argenterie mêlée à des céramiques choisies avec soin, appliques et mobilier seventies chinés composent ainsi un décor à la fois sophistiqué et chaleureux. Et la bonne idée, que l’on doit encore à la cheffe, c’est la platine vinyle qui invite qui se sent l’âme d’un DJ à choisir la bande-son du dîner.
La céramique, c’est son dada
Dans son intimité, le décor est pensé avec la même exigence. « J’aime les vieilles maisons aux intérieurs contemporains. D’ailleurs, dans mon appartement haussmannien, la seule antiquité est la vieille armoire de ma grand-mère. » Minimaliste et lisible, sa décoration s’articule autour de pièces cultes : fauteuils Pierre Paulin, canapé Bubble de Sacha Lakic pour Roche Bobois, bibliothèque India Mahdavi, appliques dénichées aux puces et des photos, un art qui la touche plus que la peinture. « J’ai toujours eu de beaux intérieurs. Enfin c’est souvent ce que l’on me dit, sourit la cheffe. Et c’est vrai que quand je déménage ou que je décide de changer la décoration, je le fais avec beaucoup d’attention. »





Mais ce qu’elle aime le plus reste la vaisselle et la céramique : « Dans chacun de mes restaurants, je travaille avec des créateurs pour confectionner des pièces uniques », citant parmi ses collaborations fidèles Ema Pradère, Sylvie Gélis ou encore Marion Graux, dont on retrouve des pièces chez Maison Michodière. Elle confie d’ailleurs que c’est un passe-temps qu’elle aimerait développer… plus tard. « Quand je serai à la retraite ! J’apprécie beaucoup ce savoir-faire, il y a quelque chose de similaire dans la transformation des aliments et celle de la terre. »
À travers Maison Michodière, Hélène Darroze ne se contente pas d’ouvrir une adresse de plus. Elle offre un fragment d’elle-même : « Quand on vient ici, c’est comme si je vous recevais chez moi. » Un lieu qui incarne tout ce qui la fait vibrer : l’art du partage, l’amour du bel objet et une créativité sans cesse renouvelée.
> Maison Michodière, 16, rue de la Michodière, Paris 9e. Ouvert le mercredi et le vendredi soir. Plus d’informations ici.
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