Rencontre avec l’architecte designer de l’année de l’édition 2022 de Maison&Objet, Franklin Azzi, qui présente son exposition Rétro Futur…
IDEAT : Dans vos projets, ressentez-vous une demande croissante pour le Smart Home ou le Smart Building (maison intelligente et immeuble connecté), de la part de vos interlocuteurs ?
Franklin Azzi : Dans nos projets de rénovation tertiaire parisiennes et historiques, comme la construction de nouveaux bâtiments réversibles, l’incorporation des solutions Smart Building devient un service incontournable pour l’utilisateur. A l’échelle de l’immeuble, cela désigne un concentré de technologies. Grâce à l’interconnexion d’outils et de services numériques, ces solutions améliorent la vie des utilisateurs et permet de mieux gérer les ressources pour répondre aux besoins le plus justement possible.
IDEAT : Comment cela se traduit-il ?
Franklin Azzi : Cela consiste à la fois à contrôler les systèmes et la gestion des ressources, afin de diminuer les coûts de maintenance des usagers, mais aussi à réduire les consommations inutiles, ce qui évite le gaspillage. Enfin, il s’agit aussi d’ajuster le confort et le bien-être en améliorant les conditions de travail et en maximisant les performances. Notre vision d’architecte consiste à ne pas multiplier les gadgets numériques et digitaux, mais à pouvoir discerner ce qui reste de l’usage instinctif et naturel. Le parcours de l’utilisateur est optimisé lors de sa présence sur site et préparé en amont lorsqu’il est à distance. L’évolution numérique et la mutation des usages accélèrent significativement l’obsolescence des bâtiments. En effet, un immeuble qui n’intègre pas de solution digitale et n’offre pas à ces usagers une palette de service minimum va très vite perdre de sa valeur sur le marché.
IDEAT : La situation que nous avons connu ces dernières années a-t-elle modifié les choses ?
Franklin Azzi : Le déploiement du télétravail, depuis deux ans, a accentué la capacité de l’utilisateur à être autonome dans l’usage des différents services de l’immeuble. C’est pourquoi, face aux besoins du marché immobilier, et dans le cadre de nos projets de rénovations tertiaires, nous discernons le smart building comme un critère important dans le choix d’un futur acquéreur. Il recherche un report technique adéquat pour que l’ensemble de ses collaborateurs profite d’une connectivité et de solutions innovantes, soit 4 types de performances :
- Une expérience optimale, un lieu de travail attractif et plaisant qui propose des services flexibles et personnalisés.
- La durabilité, grâce à l’utilisation de la technologie pour une exploitation plus efficace et donc une réduction de son empreinte carbone tout au long de sa vie.
- Une réduction des coûts par l’optimisation de la performance de l’immeuble en vue de générer de nouveaux avantages pour les utilisateurs
- Une conception pérenne capable de s’adapter aux nouvelles exigences.
IDEAT : Technologie et environnement : deux éléments compatibles ?
Franklin Azzi : Nous nous efforçons de répondre à l’enjeu d’innovation permanente dans une société « liquide » et rapide. La diversité des attentes en termes d’usages et de besoins immédiats des personnes est extrêmement forte. Notre approche environnementale porte sur le sensible, le bon sens, le savoir-faire ancestral, les solutions vernaculaires : la ventilation naturelle, le recyclage des matières, l’exposition à la lumière naturelle… Afin d’éviter le second œuvre, nous travaillons dans le respect de la matière et le réemploi des matériaux nobles et pérennes. Il s’agit de rechercher sans cesse l’optimisation des matières premières, respectueuses des techniques de construction « vertes ».
IDEAT : Comment envisagez-vous la technologie lors de la conception d’un bâtiment ?
Franklin Azzi : Il faut penser le « smart building » comme une approche mêlant le « high tech » et le « retour au bon sens » grâce à la connectivité des objets et des systèmes. Tout ne doit pas être smart, mais il s’agit de trouver des solutions au sein de chaque écosystème pour mieux gérer les ressources et améliorer la vie des usagers. Notre conception du bâti tend à proposer une intelligence d’approche du « déjà là » et une technicité environnementale innovante et exigeante tout en visant une haute performance énergétique, ce que le Smart building améliore.
L’objectif, entre autres, est de rechercher la lumière et les vues, de rendre possible la double orientation pour un ensoleillement prolongé, d’offrir un extérieur pensé dans la continuité des espaces à l’intérieur. Nous aspirons également à intégrer la présence du végétal dès la conception, favoriser le renouvellement naturel de l’air et enfin proposer des services associés : loggias et solariums individuels, espaces verts pour tous, commodités et facilités (transport, tri-déchets, circulation douce…). Dans le cadre de nos projets, nous travaillons en étroite collaboration avec des experts en Smart Building. Certains clients ont également une équipe interne dédiée à établir les solutions techniques adéquates, tout en cherchant un patrimoine immobilier vertueux et peu consommateur d’énergie.
IDEAT : En guise d’illustration, pouvez-vous nous parler du projet Messager ?
Franklin Azzi : Il s’agit d’un projet pilote en réversibilité Bureaux/Logements que nous réalisons avec Espaces Ferroviaires, et en collaboration avec Hame dans Paris. Les solutions de Smart Building qui y sont appliquées permettent d’optimiser l’exploitation, le pilotage et le fonctionnement global des bâtiments. Elles aident aussi le maitre d’ouvrage à répondre aux défis et aux enjeux de demain, comme les services et le confort, l’environnement, l’énergie, la sécurité… Elles permettent également de proposer des matières pérennes dans les solutions constructives : ossature bois, pierre massive en façade, grandes ouvertures vitrées rapportant la lumière du jour. La maintenance est aussi primordiale dans l’approche des solutions Smart Building car un immeuble digitalisé coûtera toujours moins cher qu’un bâtiment standard. La connexion est donc le point de convergence de trois enjeux : la connexion entre le bâtiment et son environnement naturel et urbain, celle entre le bâtiment et le résident et enfin, la connexion au monde grâce aux solutions digitales.
IDEAT : Ce projet interroge aussi l’hybridation et la flexibilité d’un bâtiment…
Franklin Azzi : La question des usages est fondamentale dans le souci de pérennité d’un bâtiment. En rendant une structure «capable» qui saura s’adapter aux continuels changements de modes de vie, nous redonnons du sens au bâti. Ainsi, nous tentons d’expérimenter la mutabilité du bâti dans la durée pour rendre la modification ou la superposition des usages possibles. Il s’agit de créer ainsi des terreaux d’anticipation et d’inventer des espaces de demain, plus hybrides, flexibles, inclusifs et résilients, en adéquation avec leur environnement.
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