Back to work : quand les bureaux se rêvent en temples de créativité

Transformé en lieu d’hospitalité, de créativité voire de désir, le bureau fait son grand retour. Adieu open spaces tristes : les entreprises investissent dans des espaces hybrides, séduisants, alignés sur leur image et la quête de sens des salariés.

On l’avait quitté sans regret. Le bureau était synonyme d’open space surchauffé, de néons agressifs et de café instantané. Et pourtant, il revient. À l’ère du télétravail généralisé, quand de plus en plus d’entreprises comptent renouer avec le présentiel, celles-ci repensent l’utilité de leurs mètres carrés (qui ont souvent, ces dernières années, été drastiquement réduits) : séduire, inspirer, donner envie de revenir. Bienvenue dans l’ère du bureau désirable.


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Un bureau qui vaut le déplacement

« Notre approche est à la croisée de l’architecture d’intérieur et du marketing expérience », résume ainsi Muriel Hourel, associée chez Sowen en charge du pôle concept & image. Car non, ce n’est pas la fin du télétravail. « La majorité de nos clients ont instauré un télétravail partiel. Les tâches que peuvent faire les collaborateurs de manière isolée et individuelles sont celles faites à la maison. Quand on vient au bureau, c’est pour collaborer ». Cela doit donc valoir le déplacement.

Les bureaux de la start-up Vice Versa, Place St Georges, à Paris, par Uchronia (2022).
Les bureaux de la start-up Vice Versa, Place St Georges, à Paris, par Uchronia (2022).

Les espaces de travail balancent ainsi entre besoin de collectif et quête d’intimité. Mais pour Julien Sebban, fondateur de l’agence Uchronia, il s’agit avant tout de « casser les codes du bureau ennuyeux. Ce que veulent nos clients, ce sont des lieux qui impressionnent, qui donnent envie de venir tous les jours et qui raconte une histoire ». Sur la place Saint-Georges, à Paris, le collectif créatif a transformé les locaux de la start-up Vice Versa en une parenthèse rétrofuturiste. Miroirs au plafond, mobilier vintage, palettes chromatiques audacieuses.

« Nous ne pensons pas des bureaux, nous créons des lieux d’hospitalité. C’est une vitrine, un outil de séduction pour les collaborateurs comme pour les partenaires, qui se doit d’être hyper sexy. Cette manière de s’affirmer passe par des partis pris esthétiques clairs, une identité visuelle qui se démarque et aussi une nécessité d’insuffler un peu d’onirisme dans les locaux », explique le designer. Une nouvelle forme de storytelling spatial qui stimule la créativité, où l’on se surpasse autant que l’on s’affirme.

Privilégier la mixité

Plus qu’une tendance, une mutation structurelle. Alireza Razavi, fondateur du studio parisien auquel il a donné son nom, le constate au quotidien : « Tous les maîtres d’ouvrage avec lesquels nous travaillons intègrent aujourd’hui une mixité de programmes dans leurs projets de bureaux. Je n’ose même plus appeler ça des bureaux d’ailleurs, je devrais plutôt parler d’environnements de travail. Même à très petite échelle, il est rare de concevoir un bâtiment monofonctionnel, il faut pouvoir offrir autre chose : un restaurant, un jardin, un auditorium, des lieux d’exposition, de détente… »

Les bureaux de la start-up Vice Versa, Place St Georges, à Paris, par Uchronia (2022).
Les bureaux de la start-up Vice Versa, Place St Georges, à Paris, par Uchronia (2022).

À rebours du « tout productif », les projets intègrent désormais la notion d’intuition, d’interaction fortuite, d’informel assumé. « Le cliché de la rencontre autour de la machine à café n’est pas si anodin : c’est dans ces moments hors-cadre que peuvent surgir des idées nouvelles », reprend-il. Le bureau n’est plus un passage obligé mais un lieu auquel on tient. Parce qu’on y retrouve une équipe, une histoire qui indiquent que l’on est au bon endroit.

Une nouvelle attention à l’art et à l’artisanat

Et plus les technologies avancent, plus il est nécessaire pour ces espaces de gagner en humanité. « On voit poindre une nouvelle attention à l’artisanat, aux matériaux tactiles, aux objets qui portent la trace de la main mais aussi aux œuvres d’art. Plus l’IA va prendre de place, plus nous aurons besoin de percevoir une âme, une patine dans nos environnements de travail », observe Alireza Razavi. Une exigence sensorielle, presque instinctive. Selon le dernier baromètre Paris Workplace, il existe une corrélation nette entre esthétique des bureaux et bien-être des salariés. Le bureau ne serait donc plus ce mal nécessaire dont on rêve de s’échapper, mais un territoire où s’épanouir, s’exprimer, se relier aux autres.

Les bureaux de la start-up Vice Versa, Place St Georges, à Paris, par Uchronia (2022).
Les bureaux de la start-up Vice Versa, Place St Georges, à Paris, par Uchronia (2022).

Tout cela ne traduirait-il pas une compétition économique de plus en plus rude entre les entreprises ? En effet, celles-ci ne cherchent pas seulement à optimiser les mètres carrés, mais à convaincre les meilleurs de les rejoindre — et de rester. Or dans une économie de l’attention et de la sur sollicitation, les premiers marqueurs sont visuels et émotionnels. « Tout passe par l’image, sourit Julien Sebban d’Uchronia. Par une identité forte qui permet de se démarquer des concurrents. Dans un Paris très gris, la couleur, la chaleur et la singulae. » Autrement, on se noie.


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